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Slimane Azem : le plus grand fabuliste de son temps
L'artiste exilé est mort il y a vingt-et-un ans en france
Le jeudi 29 janvier 2004.
Aujourd'hui, en cette année 2004, et vingt-et-un ans après son décès en France, qui ne connaît pas Slimane Azem ? Personne. On peut le dire sans risque de se tromper. Le dire à la face de ceux qui font comme s'il n'avait jamais existé. Ceux qui ont tout fait pour que personne ne sache qu'à une certaine époque un homme, armé de son amour pour la poésie et le chant, faisait rêver des milliers d'Algériens que la misère avait éloignés de leur pays et de leur famille. Slimane Azem était celui qui exprimait par le verbe leur exil forcé. Leur déracinement.
Aujourd'hui, non seulement le chantre de l'exil n'est pas oublié mais beaucoup de sa génération et des jeunes qui ne l'ont pas connu vivant luttent sans cesse contre l'oubli, contre l'amnésie. « Le plus grand fabuliste de son temps », disent de lui ceux qui ont vécu son époque, « un grand artiste disparu », disent presque avec regret les jeunes générations qui n'ont pas eu la chance de l'écouter chanter dans les cafés et les bistrots de
l'Hexagone.Né le 19 septembre 1918 à Agouni Gueghrane, actuellement commune relevant de la daïra des
Ouadhias, à quelque 30 kilomètres au sud de la ville de Tizi Ouzou, Slimane Azem ou Slimane At
Waali, trouvait sans intérêt la fréquentation de l'école française où il était inscrit.

Les quelques années, quatre ou cinq, qu'il y a passé lui ont permis de savoir « écrire quelques lettres », source de fierté en cette période de discrimination. Il préférait plutôt son rôle de berger qui lui permettait de fabriquer des flûtes en roseau et des tambours avec quelques amis qui formaient déjà un petit orchestre, pour jouer de la poésie de Si Mohand U M'hand. C'est très jeune qu'il quittera son village pour travailler chez un colon à
Zéralda. Quelques années plus tard, à 19 ans, Slimane Azem débarque en France après un bref passage dans une aciérie en Angleterre. Il sera recruté comme aide-électricien à la RATP et, après quelques années de travail obligatoire imposé par l'Allemagne nazie, il prend un café en gérance dans la capitale française et s'y produit les week-ends au grand bonheur de la communauté algérienne. Ces Algériens émigrés accueillaient les chansons de Slimane comme du baume au cœur, lui qui chantait avant tout l'exil qui ronge tout émigré éloigné des siens.
D'ailleurs, la première chanson qu'il a composée, A Moh, A Moh dont le thème est la douleur de l'exil, connut un succès certain tant l'artiste exprimait ce que ressentaient ses auditeurs des cafés et des bistrots. Ceux qui partageaient ses peines et ses espérances. Sa rencontre avec le célèbre Mohamed El Kamal, chef d'orchestre et compositeur, le mènera définitivement vers le monde de la chanson. Des dizaines de chansons seront produites par celui qui deviendra le chantre de l'exil. De Madame, encore à boire à D-Aghriv
D-Averani, en passant par A Tamurt-iw Aazizen, Nettruhu Nettughal et tant d'autres, Slimane Azem aura eu une carrière comblée que l'exil a considérablement enrichie. Ses thèmes sont puisés dans son expérience personnelle et le vécu quotidien de ses compatriotes.
Sa chanson l'Hirondelle en fait partie. Dans celle-ci, il envoyait l'hirondelle vers son pays pour qu'elle lui rapporte des nouvelles. « Vas-y ma belle hirondelle, je t'envoie dans mon pays, lance-toi et bats de tes ailes dans le ciel de Kabylie », dit-il en donnant des orientations précises à sa messagère : « Ensuite, tu monteras dans mon village, tu feras ton nid, à tout le monde tu diras que l'exil m'a banni. » Slimane Azem conclura sa chanson ainsi : « Mais il faut que tu te dépêches, pour me rapporter des nouvelles. » Slimane a beaucoup chanté l'exil et la nostalgie mais il a aussi chanté les femmes de son pays, telle dans sa chanson A
Taqvaylit, ainsi que les grands maux qui rongent la société. Il chantera également contre l'occupation française dans Effegh A ya jrad tamurt-iw et d'autres chansons, ce qui attire l'attention des autorités françaises de l'époque. Au lendemain de l'indépendance, Slimane Azem se rendra compte que les autorités coloniales n'étaient pas seules à avoir un œil sur lui. Le pouvoir algérien s'en prendra à lui en interdisant ses chansons d'antenne à cause de certaines jugées trop critiques.
Selon un recensement effectué en 1979, le répertoire de Slimane Azem était composé de 70 chansons dont le contenu ressemble à la poésie du grand poète populaire de la fin du dix-neuvième siècle, Si Mohand U
M'Hand, dit D. Abrous dans l'Encyclopédie berbère, tome VIII, précisant que, comme le troubadour de la poésie orale, Slimane Azem est « le témoin privilégié d'un monde qui vole en éclats, d'une société dont les assises ont été ébranlées en profondeur et dont les valeurs vacillent -même si quelquefois elles se raidissent- face à celles, implacables, du système capitaliste ». Slimane Azem s'en est allé un certain 28 janvier 1983 à Moissac, près de Toulouse. Il sera enterré au cimetière du Père La Chaise de Paris. Il avait 65 ans. Elles sont rares les voix qui revendiquent le rapatriement de ses cendres vers son pays natal, le pays de ses ancêtres.
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