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Nous vous en parlions
il y a quelques jours, Copyright-Agency (ou Copeeright Agency) s'est
donné pour objet et cheval de bataille, la chasse aux pirates :
« Copyright Agency est une société spécialisée dans la
protection des droits d'auteur et la lutte contre le piratage
informatique » peut-on lire sur le site. « Accréditée par
de nombreux organismes nationaux et internationaux, notre mission
est de limiter le piratage des œuvres protégées par le copyright,
des clients qui nous en font la demande. ».
La société recommande : « si vous avez reçu un message,
enlevez sans plus tarder de votre dossier de partage, les fichiers
pour lesquels nous sommes mandatés à protéger et ce, afin de
limiter les preuves contre vous. »
Le domaine copyright-agency.com appartient à Stephane Michenaud.
L'individu est (un peu) bavard sur son passé : « On s'est tous
connus sur les réseaux. On a fait pas mal de trucs, je ne peux pas
en dire plus, mais disons qu'on connaît très bien le sujet »,
déclarait-il au Nouvel
Obs il y a quelques jours. « Maintenant, on a tous plus de 30
ans, on a des enfants » poursuit-il affirmant sans rougir « comme
on dit dans le jargon, on est passé de black hat à white hat, du
mauvais côté de la force, au bon». Et qu'importe si l'expression
est un peu trop malmenée...
D'ailleurs, le marché de la chasse au pirate est en plein essor. «Aux
Etats-Unis, il a déjà explosé. Il y a déjà une dizaine de
start-up qui se sont engouffrées sur le créneau. Le pionnier,
Overpeer, s'est fait racheter pour 4 millions de dollars ».
Bref, cette chasse à la sauce white hat, c'e$t trè$ bon !
Du coup, l'image de la société devient de plus en plus sensible
aux critiques. Elle signe parait-il avec la SACEM, Disney, etc. et
doit donc préserver son domaine de prédilection. L'Association des
Audionautes (ADA), elle aussi de plus en plus médiatique, en a fait
les frais. Alors que Copyright Agency admet être une sorte de «
police privée sur les réseaux » elle refuse d'autres étiquettes.
Comme le rapporte Le
Monde, « Quentin Renaudo, vice-président de l'ADA, s'est
permis la comparaison devant les caméras de France 3 à l'occasion
du Midem. Une insolence jugée inacceptable chez Copyright Agency,
"Milice du Net ! En pleine commémoration de la libération
d'Auschwitz ! Nous allons porter plainte pour diffamation" ».
Selon les dernières nouvelles, les responsables lui reprochent également
d'avoir affirmé que la société avait constitué un « un fichier
de 20.000 internautes français », ce qui selon eux est aussi
faux que, là encore, diffamant.
A ce jour, on ne sait si Quentin, 14 ans, sera effectivement traîné
devant un juge par ce « White Hat ».
Lundi 14 février 2005 à
10h38, rédigé par
Marc Rees
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Chasseurs d'internautes
LEMONDE.FR | 11.02.05 |
14h18 • Mis à jour le 14.02.06 | 12h17
ous ne pourrez pas
entrer dans nos locaux, vous n'aurez pas accès à nos
installations, vous ne verrez donc pas nos systèmes fonctionner.
Vous ne rencontrerez aucun de mes collaborateurs…" Ces
conditions préalables draconiennes, dignes d'un feuilleton
d'espionnage, sont celles auxquelles il faut se soumettre pour
rencontrer Stéphane Michenaud, 33 ans, directeur général de la
société Co-peer-right Agency. Attraction de l'édition 2005 du
Salon international de la musique (Midem), la start-up a été
retenue par la Société civile des producteurs phonographiques
(SCPP) pour traquer les usagers des systèmes d'échanges de pair à
pair ("peer to peer", ou P2P).
C'est donc dans
l'anonymat d'une brasserie d'un grand boulevard parisien, et sous la
surveillance d'une conseillère juridique, que Stéphane Michenaud décrit
son métier : chasseur en masse d'internautes contrefacteurs. "Dès
l'année 2000, durant nos temps de loisirs, quelques amis et moi
avons déployé des fichiers leurres, recherché sur le Réseau les
personnes qui, les premières, mettaient des contrefaçons (des
fichiers dont les internautes ne possèdent pas les droits) en
partage", explique-t-il. Le hobby consiste à créer des
outils informatiques capables d'automatiser le pistage des
internautes.
En 2003 se termine le
temps de l'amateurisme pour entrer dans un cadre plus mercantile et
créer la société Co-pee-right Agency. La jeune société compte
une vingtaine d'employés, "douze sont basés au Canada, car
nos clients sont français et que c'est du Québec que beaucoup de
contrefaçons francophones sont lâchées sur le Réseau. Ensuite le
gouvernement canadien nous offre une fiscalité avantageuse en ce
qui concerne notre secteur recherche et développement", précise
le jeune patron.
A ses clients, comme
le Syndicat des éditeurs de logiciels de loisir (SELL), Disney, ou
la SCPP, Co-peer-right Agency offre un éventail complet de services
allant de la diffusion de faux fichiers au ralentissement des échanges
sur les réseaux en créant des encombrements, et cerise sur le gâteau
: le "tracking" automatisé des internautes qui mettent
des fichiers en partages, l'identification de leur adresse Internet.
Dans le petit monde de
la sécurité informatique, un passé de hacker - sorte de pirate
informatique - peut être une référence de bon aloi. Stéphane
Michenaud n'hésite pas à évoquer sur le ton de la confidence un
sombre passé : "L'univers des hackers se divise en deux catégories,
explique-t-il : les Black Hats (chapeaux noirs) et les
White Hats (chapeaux blancs). Pour schématiser, les méchants
et les bons. Nous sommes passés de l'autre côté, au service du
droit."
POLICE DU NET
Des références qui
font bondir certains habitués de l'Internet souterrain comme
Jarodc42, spécialiste des réseaux P2P : "Un 'white hat'
est un hacker qui exerce ses compétences dans le but d'aider à
l'amélioration des systèmes, sans causer de tort à personne.
Considérer qu'en faisant de la traque d'utilisateurs de P2P il est
passé du côté des 'white hat' ne sert pas sa crédibilité",
assure-t-il. Mais aucune surenchère n'effraie le présumé
ancien hacker, qui confirme par ailleurs qu'un de ses collaborateurs
a eu maille à partir avec les services secrets français, voilant
d'une couche de mystère l'image de sa société.
Prévoyante, la SCPP a
décidé de recourir aux armes d'une seconde entreprise pour sa
chasse aux internautes. Advestigo, fondée par deux anciens
chercheurs du Commissariat à l'énergie atomique, propose une
technologie calculant "une espèce d'ADN des œuvres protégées.
Ainsi nous avons la possibilité de reconnaître sur le Réseau les
copies, malgré différentes compressions, coupures, etc.",
explique Marc Pic, directeur d'exploitation. Pas de passé sulfureux
déclaré du côté de ces deux docteurs en sciences. "Nous
avons vocation à fournir des solutions de traçabilité des
contenus numériques des entreprises. Le P2P est un cas parmi
d'autres", poursuit l'ancien chercheur, résumant son
activité à celui de fournisseur de solutions informatiques. Un
costume trop étriqué pour son concurrent.
Co-peer-right Agency
serait-elle une police privée sur le Réseau ? "Oui, en
quelque sorte, reconnaît le directeur, les contrefacteurs
pillent les droits d'auteur. Nous participons au respect du
droit." Si les mots de "police du Net", associés
à leurs activités, ne froissent pas la direction de l'entreprise,
celui de "milice", à la connotation bien plus négative,
est loin de lui être agréable. Quentin Renaudo, lycéen et vice-président
de l'association des Audionautes, s'est permis la comparaison devant
les caméras de France 3 à l'occasion du Midem. Une insolence jugée
inacceptable chez Co-peer-right Agency, "Milice du Net ! En
pleine commémoration de la libération d'Auschwitz ! Nous allons
porter plainte pour diffamation", s'emporte Stéphane
Michenaud, qui s'apprête à traîner devant les tribunaux cet
adolescent de 14 ans.
Eric Nunès
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